La commune rurale de Kibirizi est dans la chefferie de Bwito avec pour chef-lieu Kikuku. Elle est située dans la province du Nord- Kivu à 170 Km de la ville de Goma. Pour y arriver, il faut traverser le parc de Virunga. C’est une cité qui a connu pendant quelques années, des conflits inter ethniques et des exactions de tous genres dont les séquelles se ressentent encore aujourd’hui. Sa population vit principalement de l’agriculture, de l’élevage du petit et du gros bétail  ainsi que du commerce.

Les conflits de Kibirizi ont duré pendant un certain nombre d’années. Il s’agit essentiellement des conflits d’origine tribale entre Hunde, Nande, Hutu et Tutsi.  Malheureusement, ces conflits ont laissé place à plusieurs situations qui ne favorisent pas le bon épanouissement de la contrée jusqu’à ce jour. Contrairement à de nombreuses localités du Nord Kivu, on est frappé par l’absence des ONG et de différentes Organisations internationales. On doit tout de même saluer le travail de pacification et de réconciliation de différents groupes pour un meilleur « vivre ensemble ». Malheureusement, la très infime présence des ONG internationales dans Kibirizi ne semble pas de nature à motiver les autochtones à créer aussi certaines structures pour leur développement.  

De ce manque d’appui, nous avons constaté chez les adolescents et jeunes plusieurs attitudes et pratiques néfastes qui affectent leur santé et leur vie.

Pour la grande majorité, ils ont beaucoup de mal à s’abstenir d’avoir des relations sexuelles, et quand ils les ont, c’est sans condom, sans protection à cause des croyances erronées. Selon eux, sans distinction de sexe, le condom se casse toujours lors des rapports sexuels et la partie du condom qui reste dans le corps de la femme y provoque de graves maladies. Ils croient par ailleurs que le lubrifiant contenu dans le condom provoquerait le cancer.

Or, pour ces adolescents et jeunes, ils n’ont jamais assisté à une quelconque démonstration du port correct du condom, ni encore moins reçu une information scientifique pouvant contredire leurs croyances erronées.  Malheureusement  ils sont livrés à leur triste sort et pataugent dans la diffusion des fausses informations.

Mais pourquoi les condoms se cassent-ils ? Est-ce parce qu’ils sont périmés ? mal utilisés ? ou mal conservés ? réutilisés ? Il est bon de savoir que le condom a ses exigences : pas de soleil, ni de chaleur, c’est pour un usage unique, et il faut absolument vérifier la date de péremption.

Et si la fausse croyance sur le condom était due à la cherté du produit ?  En effet, en pharmacie, le  paquet de 3 condoms est vendu entre 500 et 1000 FC, ce qui est  relativement cher pour les bourses des demandeurs. Car à Kibirizi, avec 500 voire 1000 FC, une famille de 5 personnes achète des pommes de terre, ou du maïs à bouillir voire de la farine de manioc pour sa ration journalière. Le panier de la ménagère est à la portée du très grand nombre. Manger n’est pas un casse-tête. Interrogés sur les prix « élevés » du condom, les tenants des pharmacies disent que les prix sont déjà élevés à l’achat.

Dans  la commune rurale de Kibirizi, la sexualité est un sujet très tabou et les pratiques sexuelles y étant la chose la mieux partagée commence très précocement.

Paradoxe ! Les parents n’osent pas parler de sexualité, mais leurs attitudes favorisent les comportements négatifs chez leurs enfants. Un garçon et même une fille de 16 ans par exemple, ne dort plus sous le même toit que ses parents. Il/elle a son château (c’est-à-dire sa petite chambre dans la cour familiale) : à cet âge, si le garçon y entraine des filles, la fille de son côté rentre quand elle veut. En cas de grossesse, il vivra désormais avec la fille enceinte dans sa chambre sous le regard approbateur de ses parents. A la survenue de la 2e grossesse de la fille par exemple, le garçon se lasse d’elle et va voir ailleurs.  Et elle, va continuer à rester chez le garçon, continuer à lui faire des enfants à la suite des rapports sexuels qu’ils continueront à avoir lors de ses  rares visites. J’ai vu des filles de 14 ans, mamans de plus d’un enfant, et délaissées par les différents pères de leurs enfants.

Kibirizi compte plusieurs mariages précoces. Plusieurs parents marient, au vu et au su de tous, leurs filles avant l’âge de leur majorité en toute ignorance même de la loi du Congo qui fixe la majorité sexuelle à 18 ans. Ça n’émeut personne : la fille étant destinée au mariage. Même si les filles vont   à l’école, elles abandonnent décrochent très vite. Déjà pendant le test du TENAFEP (Test National de fin d’Etudes Primaires) tenu du 5 au 6 Juillet 2022,  le taux  d’abandon des élèves était de 22 dont 14 filles. 

Quant aux autres filles  encore célibataires, elles font de leur mieux pour  éviter les grossesses. Quand cela arrive, certaines se nourrissent uniquement d’eau très salée   pendant plusieurs jours ou encore introduisent du sel dans leurs vagins afin de provoquer un avortement. Selon le Dr Lambert Malikwisha, Médecin Directeur de l’HGR de Kibirizi, les victimes de ces pratiques arrivent dans leur hôpital souvent bien tard, dans des états déplorables avec des intestins ou un  appareil génital totalement brulés. Certaines aussi, avalent du bleu de méthylène, d’autres des  comprimés de  quinine et d’autres encore prennent pendant plusieurs jours des comprimés de pilule du lendemain.

Toujours selon le médecin directeur du HGR de Kibirizi, la prise continuelle des comprimés de quinine va favoriser une résistance lors du traitement anti paludéen. La quinine peut aussi attaquer d’autres cellules en cas d’absence de trophozoides et créer ainsi une anémie. Quant à la pilule du lendemain, sa prise régulière à long terme, peut provoquer la stérilité.

La plupart de ces méthodes d’avortement leur seraient fournies par les tradi-praticiens, nous dira Dr Lambert Malikwisha. Ils pullulent dans Kibirizi et  ne sont jamais à court d’idées ni  ne manquent  plus d’un tour de manche pour mettre les vies de leurs clientes en péril. De nombreuses familles et des jeunes les consultent. Malheureusement, en cas d’aggravation de la maladie, ces familles arrivent généralement tard à l’hôpital.

C’est dans ce contexte que Dr Lambert nous a informés de la forte prévalence du VIH/sida. Autant les adultes que les adolescents sont touchés. Les données du 2e trimestre 2022 sont alarmantes. Selon lui, il est plus qu’urgent de briser la glace en  parlant sans tabou du VIH/sida et sensibiliser la population en général et les adolescents et jeunes en particulier sur ce fléau. Ceci est d’autant plus important que l’HGR, les aires de santé et les centres de santé de la localité connaissent régulièrement des  ruptures de médicaments et autres produits  de prise en charge des Personnes vivant avec le VIH/sida. Mieux vaut prévenir que guérir, dit-on !

Il est bon de relever que tout n’est pas noir à Kibirizi !  La situation sécuritaire est plutôt calme. Les populations vaquent aisément à leurs activités champêtres et  les enfants jouent.

Sur le plan alimentaire,  à Kibirizi  on mange bio ! Cette petite cité est un grand grenier de la RDC en production de haricots, arachides, maïs, soja, ananas, mangues, avocats, bananes, tomates, farine de manioc, riz etc.  Le haricot produit à Kibirizi appelé « Pigeon vert », est très prisé et fortement consommé dans tout le Nord Kivu, la province orientale, à Beni, à Butembo, à Kinshasa et ailleurs.  On y cultive  aussi une belle variété de piments (rouges, verts et jaunes) qui offrent des belles saveurs aux différents mets. La nourriture est bio, pas d’aliment surgelé d’autant plus que la région n’est pas encore électrifiée! On peut, fort heureusement, constater un grand usage des panneaux solaires !  Ainsi va la vie à Kibirizi!!!!!