A qui passer le bâton de relais pour la suite ?
« La jeunesse représente le pilier de toute nation. Elle doit donc voir en chaque opportunité qui se présente un challenge et une chance de démontrer son potentiel et son engagement. » Elvis ADJAHOUNGBA
Un pilier est un appui, un soutien.
D’entrée de jeu, nous aimerons représenter l’engagement ou la continuité de la jeunesse dans la gestion de la chose publique comme une course de relais. Passer le bâton de relais, comme écrit dans le titre, est une expression empruntée dans le domaine des sports. Il s’agit de la course de relais. Au cours de cette course, le passage du bâton de relais ou le témoin se fait entre le 1er et le 2ème (donneur-receveur). Comment ça se passe ? Le donneur ou le premier relayeur transmet le bâton de relais à pleine vitesse sans ralentir avant la fin de la zone de transmission sans le faire tomber. Comme on le voit, les deux relayeurs/ coureurs font équipe. C’est ça l’équipe, la TEAM (Together Everyone Achieves More ou ensemble chacun réalise plus).
Mais même si c’est une course de relais de 2 ou 4 coureurs, le bâton de relais, lui, se passe toujours entre deux personnes. Ils courent pour le même objectif et doivent être sur la même longueur d’ondes pour gagner.
Ce n’est pas un article de sport, mais nous voulons expliquer et contextualiser l’expression « passer le relais ». C’est une expression qui veut dire « assurer la continuité ». Cette continuité ne peut être assurée que quand celui qui donne le bâton de relais et celui qui le reçoit émettent sur la même longueur d’ondes, voient et regardent dans la même direction, sont tous préparés. Dans ce cas, le passage du bâton de relais va se faire dans les conditions requises pour éviter que le bâton de relais ne tombe. Car s’il tombe, l’équipe perd !
C’est malheureusement ce que nous constatons aussi dans notre cher et beau pays, la RDC ! Sur plusieurs plans, les signaux ne sont pas au vert ! Et il y a un grand décalage, un fossé entre ceux qui devront passer le relais et ceux qui devront le recevoir. Ce décalage se situe au niveau de la longueur d’émission des ondes : l’infime nombre des gouvernants, des autorités, ou de toute personne ayant une parcelle d’autorité ne pense et ne travaille que pour ses intérêts personnels, tandis que le reste de la population dont les adolescents et jeunes pourtant majoritaires sont déscolarisés, marginalisés, sans emploi et livrés à eux-mêmes ne se retrouve pas.

L’éducation constitue depuis hier et plus encore aujourd’hui un grand enjeu sur lequel devrait reposer toute nation. « Dis-moi ce que tu fais de ta jeunesse aujourd’hui et je te dirai ce que sera ton pays demain ! Education et jeunesse marchent ensemble.
L’éducation est le passeport pour la vie. Grâce à l’éducation, l’être humain devient citoyen du monde. L’éducation étant un droit !
Le mot éducation tire son origine du mot latin educere qui veut dire : tirer hors de, conduire vers, élever. Tirons-nous notre jeunesse de l’ignorance, des maux qui la rongent ? Que faisons-nous de notre jeunesse ? Comment la traitons-nous ? Quelle partition lui demande-t-on de jouer ? La préparons-nous à assurer la relève ? Ou plutôt nous l’utilisons juste à nos fins personnelles ?
A quelle jeunesse passer le relais dans ce cas ? En principe à celle qui est préparée ! Ainsi, assurer la relève suppose de mettre la jeunesse dans le moule de la continuité des choses pour lui donner les atouts pour assurer/ gérer.
Mais quand les intérêts des uns et des autres évoluent dans des directions diamétralement opposées, c’est là où le bât blesse ! Et dans ce remue-ménage dans lequel la chose publique est gérée fait que les grandes préoccupations des adolescents et jeunes (éducation holistique, opportunités d’emploi, accès aux services de santé etc.) ne sont pas à l’ordre du jour.
Les enfants, adolescents et jeunes ont besoin d’être éduqués. Car l’éducation est la plus belle chose qu’un parent puisse offrir à sa progéniture. D’ailleurs en parlant de progéniture, la Bible au Psaume 127 la définit comme « un héritage de l’Éternel, Le fruit des entrailles qui est une récompense. Comme les flèches dans la main d’un guerrier, ainsi sont les fils de la jeunesse ». A quoi peuvent servir des flèches dans la main d’un guerrier ?
La jeunesse constitue plus de la majorité de la population en RDC. Mais dans cette majorité, peu sont scolarisés et plusieurs ne le sont pas, sont sans emploi, n’ont pas accès aux services de santé, etc. Et comme si cela ne suffisait pas, ceux qui devraient être leurs modèles pour les motiver, leurs repères pour les orienter pèchent par des comportements non recommandables : vol, corruption, compromission de tous genres, sexe tape, laxisme, j’en passe et des meilleurs.
« Une jeunesse sans repères se perd », disait le professeur Jean Kambayi Bwatshia, lors de la 4e journée de l’éducation organisée à Kinshasa le 19 Février 2022, journée organisée par la Fondation Bana Saint Jean. Selon Jean Kambayi, l’éducation est de l’humus. L’humus est ce qui rend la terre fertile. En fait, c’est grâce à l’éducation, à la qualité de l’éducation donnée qu’une nation est apte à affronter les grands enjeux auxquels elle fait face. Est dite grande, la nation qui sait faire face aux grands enjeux. La RDC peut-elle prétendre faire face aux grands enjeux de l’heure ?
Au cours de cette même conférence, l’abbé Martinien Bosokpale a rappelé que les antis valeurs prennent de l’ampleur et freinent le développement intégral de l’homme. L’enseignement est en souffrance dans notre pays. Plusieurs écoles ont même supprimé les cours de civisme, et de religion. Selon lui, les causes de la déchéance du système éducatif sont de plusieurs ordres : corruption, favoritisme, manque d’engagement et de respect. Il est bon d’éduquer aux valeurs car éduquer c’est mettre sur la bonne voie.
Certains parents interrogés sur cette question ont eu à partager leurs pensées et préoccupations à ce sujet.
Monsieur Likabo a peur de la bombe à retardement que constituent aujourd’hui les enfants de la rue. Il existerait aujourd’hui, selon lui, 127.000 enfants de la rue. Quel peut être le sort de la RD Congo dans les années à venir avec ce problème ? Et rien n’augure que ce phénomène est prêt à prendre fin, bien au contraire ! Avec tous les signaux au rouge (conflits d’intérêt, mauvaise gestion, malversation financière et corruption, non-paiement et sous paiement des agents de l’Etat, misère, inversion des valeurs etc.), la RDC est encore bien loin de voir le bout du tunnel.
L’homme a absolument besoin d’éducation parce qu’il devrait pouvoir exprimer son potentiel d’humanité. Sans éducation, l’homme ne peut communiquer, ni apprendre, ni avoir des connaissances. Il est ainsi condamné à rester ignorant, dans l’obscurité intellectuelle totale.
Mme Sekele quant à elle, pense qu’aujourd’hui, ont plus de chance de réussir et un jour de prendre les rênes de ce pays, les enfants issus des familles nanties. Ils sont envoyés aux études en dehors du pays. Et le tableau de la situation se présente comme si seuls les nantis, ceux qui sont au pouvoir et leurs enfants sont les privilégiés à diriger ce pays et pas les autres !
Mme Kamango, pour sa part, déplore que la jeunesse soit livrée à elle-même. Les mouvements de jeunesse tels que le scoutisme n’existent plus. S’ils existent aujourd’hui, ils n’ont plus le même sens qu’autrefois. Et pourtant, les mouvements de jeunesse sont une source d’épanouissement personnel pour les jeunes, un lieu d’apprentissage de valeurs, de rencontres et d’encouragements à la prise de responsabilités, à l’autonomie et à la débrouillardise. Les mouvements de jeunesse prenaient en charge les enfants dès l’âge de 4 ans jusqu’à 18 ans. De 4 à 8 ans : ouverture au monde et aux autres dans un esprit de confiance. De 8 à 12 ans : esprit de groupe, vie en collectivité et le développement des projets collectifs. Je jeune apprend à se connaitre lui-même. De 12 à 16 ans : les jeunes sont responsabilisés pour s’accepter et vivre ensemble dans la communication et la complémentarité. Et enfin de 16 à 18 ans : les jeunes sont co-responsables des projets développés et s’engagent au sein de la collectivité. Ce sont des citoyens du monde au service des autres.
Mme Kamango relève aussi le fait que les espaces verts qui servaient à l’organisation des activités récréatives aux jeunes sont vendus. Cette jeunesse se voit ainsi envoyer dans les débits de boissons consommer l’alcool, et là s’en suivent toute la dépravation et autres actes de bas étage. Cette énergie devait plutôt être canalisée, car la jeunesse est une ressource sûre à ne pas négliger. Ces jeunes n’ont pas/ plus de références, ni guides. Même dans les écoles où ils devaient être guidés à trouver ces guides ne sont plus en mesure d’offrir un meilleur encadrement, tellement les aspects lucratifs ont pris le devant sur tout.
M. Ilunga décrie que d’une part, les parents ne savent plus à quel saint se vouer pour prendre en charge leurs enfants, les problèmes quotidiens engloutissent les familles dans une misère qui ne dit plus son nom. D’autre part, l’envie d’aller à l’école a quitté plusieurs jeunes. Pour la plupart, à longueur de journée, ils prennent plaisir à jouer et à se livrer à des actes répréhensibles, tels que le « Kuluna ».
Rien n’est fait, ajoute Mme Kamango, pour créer une émulation dans la jeunesse. En face de cette torpeur, se trouve la faiblesse de l’Etat qui phagocyte tous les efforts qui peuvent être entrepris. Il n’est pas tard, selon elle. Elle interpelle tous à ne pas baisser les bras et à l’Etat Congolais d’être fort surtout dans ses ministères qui ont en charge la jeunesse et l’éducation. L’Etat doit bouger et faire bouger les choses car ce n’est pas cette léthargie qui va faire que les choses changent.





